Fragmenta est né d'une image : un fragment d'une rosace du XIVe siècle, brisée par un tremblement de terre, et pourtant encore resplendissante parmi les décombres. Cette résistance de la beauté est devenue l'esprit du projet — un collectif de musiciens dévoués à la redécouverte et à l'interprétation de répertoires aux marges du bas Moyen Âge (XIIe–XVe siècles), puisés dans des gardes de manuscrits, des codices démembrés et des parchemins oubliés.
Plus qu'un ensemble, Fragmenta est un rassemblement fluide d'interprètes et de chercheurs, façonné à chaque fois par le répertoire spécifique de chaque programme, toujours animé par la conviction que la musique médiévale peut parler directement à l'âme, à travers les siècles.
Vai lavar cabelos na fontana fría est le premier disque de Fragmenta, né d'une collaboration avec l'Université de Saint-Jacques-de-Compostelle dans le cadre d'un projet de recherche sur le patrimoine culturel de la Galice et du nord du Portugal. L'album est consacré aux origines de la lyrique ibérique — les cantigas galaïco-portugaises des XIIe et XIIIe siècles, parmi les plus anciens répertoires profanes d'Europe. Ce sont des chansons de nostalgie, d'attente, de jeunes femmes puisant de l'eau à la fontaine ; des vers intimes qui ont survécu presque par hasard, et qui demandent à être chantés à nouveau.
L'enregistrement réunit voix, luth, guiterne, citole, vièle, rebec, vièle à roue et tambours sur cadre — une constellation d'instruments reconstruits à partir de sources iconographiques médiévales — joués par moi-même et par Giordano Ceccotti, Paolo Modugno, Miguel Abad Frutos. De cette rencontre entre recherche et interprétation est né quelque chose de plus grand : une série de concerts, un ouvrage scientifique publié par l'Université de Saint-Jacques-de-Compostelle et le CD, paru en octobre 2019.
Le paysage musical de l'Italie entre la fin du Trecento et le début du Quattrocento a été reconstruit à partir des rares et grands codices musicaux ayant survécu au temps. Il en est résulté, aux yeux de beaucoup, une histoire menée par quelques protagonistes, qui semblent évoluer dans un désert sonore, ou presque. Ce projet donne voix à des fragments musicaux redécouverts, souvent par hasard, dans les plats de vieux registres notariaux, dans les feuilles de renfort d'incunables, dans les pages éparses de manuscrits démembrés — des traces d'une Italie cachée, cartographiée le long des Apennins.
Certains fragments ont survécu intacts ; d'autres ont nécessité une reconstruction — combler des voix manquantes, compléter des lacunes textuelles, ou trouver une voie interprétative alternative à travers la diminution instrumentale. L'approche n'est jamais celle de la restauration, mais du dialogue : entrer dans l'espace entre le compositeur et le copiste, manipuler le matériau avec soin mais aussi avec liberté. Le résultat est une mosaïque d'une variété inattendue, de la polyphonie archaïque aux compositions d'inspiration française et franco-flamande, témoignant que l'esprit cosmopolite de l'époque atteignait même les plus petits centres — un monde où sacré et profane, latin et vernaculaire, musique liturgique et poésie amoureuse se rencontrent et s'entremêlent.
Marginalia — Festival dell'Ascensione, Milano, 4 mai 2025 → Note de programme →
Siobulé commence par un mot et un paysage. Le mot est l'étymologie proposée par Varron pour « Sibylle » — qui signifie en dialecte éolien « conseil de Dieu ». Le paysage est celui des Monti Sibillini, fracturés par les séismes de 2016. De cette fracture surgit la question au cœur du projet : non pas comment récupérer ce qui a été perdu, mais comment participer à la continuité vivante d'une tradition.
Le point de départ est le Paradis de la reine Sibylle (1437–1442) d'Antoine de La Sale, un récit de voyage situé dans ces mêmes montagnes, où la Sibylle règne sur une cour dans laquelle toutes les langues du monde sont parlées. Le répertoire suit cet esprit de multiplicité : sources fragmentaires du XVe siècle, musique traditionnelle d'Ombrie, pièces anciennes de Crète et du monde ottoman, et compositions originales, tissées ensemble à travers une constellation d'instruments à cordes, de vents et de percussions de toute la Méditerranée. La musique se déploie aux côtés du dessin en direct d'Alessandro de Carolis, émergeant de ses photographies des Sibillini.